Les branches claquaient sur mon torse, laissant derrière leur passage quelques traces dignes d'une bataille. Le vent s'engouffrait entre chacun de mes poils, me laissant une impression de fraîcheur au contact de l'écume de ma peau. Loin d'avoir le souffle court, je commençais chaque journée par une course sans but, au milieu de la forêt, et l'hiver arrivant, je me faisais une joie de pouvoir galoper sans me tremper les sabots encore quelque temps.
J'ai vécu plus de choses dans ma vie que n'importe quel être vivant de cette planète. Grâce à ma longévité au moins six fois supérieure à celle d'un humain, j'ai appris à connaître chaque animal ainsi que leur langage, j'ai aussi compris l'essence même de chaque chose au travers des plantes, de la roche et des éléments. Du haut de mes quatre cents ans passés, j'ai compris comment chaque entité peut s'utiliser sans pour autant lui nuire. Tout n'est que logique et équilibre, à part peut-être les sentiments si chers aux yeux des hommes. J'ai vite compris d'ailleurs qu'il me fallait les fuir, trop curieux à mon goût.